L'héritage des hommes

croix de la ParadeSi les paysages du Causse Méjean qui frappent le passager le laisse se transporter vers des steppes froides ou des déserts arides, le causse n'en est pas moins pourtant habité. Et depuis très longtemps...

Les âges préhistoriques

La plus ancienne trace humaine sur les Grands Causses remonterait à -350 000 ans mais le peuplement de la région ne semble effectif qu'entre -130 000 et -35 000 ans.

Au Paléolithique, l'homme de Neandertal chasse une faune liée à une végétation de type tempéré. L'homme de Cro-Magnon apparaît au Paléolithique supérieur (de -35 000 à -8000 ans), mais il ne reste guère fidèle à la région. A cette époque les plateaux sont recouverts d'une végétation de steppes froides et arides composées de graminées et de bosquets de pins sylvestres abritant le raisin d'ours. Entre -10 000 et -8000 ans, les pins dominent, ensuite accompagnés par les genévriers, les amandiers, les chênes caducifoliés, constituant une forêt steppe. Il y a environ 7000 ans avant J.C., le chêne vert apparaît dans les vallées (climat supra-méditerranéen).

Depuis le Néolithique (vers -6000), le Méjean a continuellement été habité par l'homme. Vers -5500, les peuplades chasséennes pratiquent l'élevage ovin-caprin semi-nomade et ouvrent peu à peu le milieu. Sur le plateau, la pineraie subsiste (climat montagnard). Elle n'est dominée par la chênaie que vers -4500. Suit une phase post-forestière à Buis correspondant à l'augmentation de la pression anthropique. Apparaissent alors les adventices des cultures (les messicoles) venues du bassin méditerranéen ou du Moyen-Orient. Le hêtre apparaît il y a 4000 ans vers 1000 ou 1100 m d'altitude (sur la partie orientale du Méjean).

Vers -2800, les paysages se modifient avec l'avancée du hêtre sur les versants frais et humides. L'agriculture et l'élevage deviennent no tables vers -2600. Le système agropastoral qui se met en place durera jusqu'à aujourd'hui. Mais la population s'accroît essentiellement du XVIIe au XIXe siècle. Sans la ressource économique que procurait le plateau 400 à 500m au dessus, les châteaux et les villages des vallées n'auraient pas l'importance qu'ils ont aujourd'hui.

Du Moyen-Age au XIXe siècle.

Sur ces plateaux, on pratique la culture des céréales et le pastoralisme (principalement pour les bêtes à laine). Les devèzes (parcours) sont défrichées et épierrées de façon intensive périodiquement. Les terres sont défrichées, les mottes retournées, mises en tas après séchage et brûlées tous les demi-siècles environ. Elles sont ensuite mises en culture pendant 7 à 10 ans (suivant le système).

Le maintien de la fertilité étant relativement précaire, les buis, les feuilles et le fumier de bergerie sont incorporés aux terres labourées, le fumier étant préféré toutefois pour enrichir les prairies. Chacun cherche donc à tenir un maximum de bête à laine qui joue alors un rôle de collecteur de matière organique sur les vastes pacages. L'élevage est donc plutôt producteur de fumier et de laine, et secondairement, de lait et de viande. La charge ovine, au XIIIe siècle est alors de 1 bête à laine par hectare. Le travail de la laine occupe alors de nombreux artisans. Les drapiers s'organisent en confréries bien structurées.

Les céréales cultivées sur les plateaux sont transformées dans les moulins des vallées (l'expérience des moulins sur le Causse est assez récente. Et surtout, elle n'a pas été concluante). Dans les vallées, on exploite également la vigne ou on cultive les légumes et les petits fruits sur les terrasses.

A la fin du XVIe siècle éclatent les guerres de religion.

La paix rétablie, le XVIIe siècle connaît un nouvel essor économique. Le décalage entre les Hautes Terres et les vallées s'accentue avec le développement de nouvelles activités dans ces dernières.

Jusqu'au XVIIIe siècle, les propriétés étaient en grande partie soit seigneuriales, soit ecclésiastiques. Les paysans avaient souvent l'occasion d'acheter des lopins qu'ils cultivaient. Ainsi, le parcellaire se morcelle de plus en plus. La Révolution et la redistribution des terres accentuent le phénomène. Cependant, dès le XVIIe siècle, certains bourgeois apparaissent comme des moyens ou des grands propriétaires sur les plateaux ou dans les vallées. C'est du XVIIe au XIXe siècle que la population et la pression sur l'environnement sont en plus forte augmentation.

Au début du XIXe siècle, la densité de population atteint son maximum (20 habitants au km2). Quel que soit le propriétaire, les terres se retrouvent fortement éclatées. A cette époque, la forte pression agropastorale appauvrit les sols et modifie la flore. Le pâturage favorise les plantes se multipliant par voie végétative (tiges radicantes, stolons, drageons, bulbes...), les plantes à port en rosettes, les plantes ligneuses trop dures, épineuses ou toxiques... au détriment des plantes annuelles. Le surpâturage favorise le développement des pelouses à Stipe et il entraîne également le tassement du sol ou favorise l'érosion. Les plantes annuelles ou bisannuelles se réfugient dans les cultures ou les terres laissées en friche.

Le buis, abondant, est coupé et utilisé comme litière pour les bergeries puis comme fertilisant. Les frênes sont utilisés comme complément d'alimentation.

Sur les versants des gorges, les cultures en terrasses favorisent des plantes de soleil.

A la fin du XIXe siècle, l'effondrement des cours de la laine, le développement de la viticulture en Languedoc et la révolution industrielle provoquent ensuite un exode rural important. De plus, l'isolement des Causses retarde l'apparition des progrès techniques.

Les parcours, trop souvent défrichés, se dégradent et le fumier, vendu en grande partie pour la vigne languedocienne, ne vient plus compléter ces terres.

Le XXe siècle : la révolution agricole.

L'exode rural s'intensifie au début du XXe siècle. Les agriculteurs qui restent effectuent assez rapidement leur reconversion à la production de lait, d'abord, puis de viande. La reconversion implique alors des techniques nouvelles, une amélioration de la nourriture et une révision des assolements.

Le troupeau n'est plus parqué la nuit et la traite oblige le retour à la bergerie. Les cultures fourragères font leur apparition et les zones épierrées sont peu à peu abandonnées. La déprise agricole entraîne l'embroussaillement. Les espèces héliophiles (qui aiment le soleil) régressent au profit d'espèces d'ombre ou de demi-ombre (telles que certaines orchidées). Les friches avancent à la reconquête forestière des espaces ouverts et entretenus jadis par les pratiques agropastorales. A la fin du XXe siècle, il est difficile de parler d'une déprise agricole (qui est maintenant révolue). Le nombre d'exploitations reste stable. L'embroussaillement qui se poursuit, serait plutôt la conséquence d'un changement des pratiques pastorales.

Aussi, les méthodes culturales modernes comme le labourage profond, le concassage mécanique, l'utilisation d'herbicides... entraînent la régression des plantes messicoles et de nombreux insectes. Toutefois, suite à l'abandon des activités pastorales, certaines parcelles sont envahies spontanément par le pin sylvestre d'abord, et, plus récemment (dans les années 60), sont reboisées en Pin noir.

Dans les vallées, les cultures en terrasses sont abandonnées, notamment après le ravage des vignes par le phylloxera. Le lit majeur des rivières est souvent reboisé de Peuplier noir allochtone...

Aujourd'hui la population du Causse ne compte que 450 personnes environ. La densité sur le plateau est très faible (1,4 habitants au km2). Les personnes se regroupent dans quelques hameaux et une cinquantaine de fermes isolées. La population est assez âgée et les agriculteurs n'ont pas toujours de successeurs.

 
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