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Le causse, de vous à moi Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ce territoire marque l'esprit, qu'on apprenne le paysage d'une façon calme et raisonnée ou qu'on embrasse sa poésie...
Le paysage est issu des influences climatiques passées (tantôt méditerranéennes, tantôt continentales), mais il reste intimement lié à l'histoire des hommes. Les richesses culturelles et le patrimoine naturel sont le résultat d'une activité humaine ancienne et obstinée.
A l'heure actuelle, la fermeture des pelouses s'affirme et menace la pérennité des habitats naturels, les espèces inféodées aux milieux ouverts et l'intérêt paysager.
Si vous avez pris le temps de lire les pages de ce site. Vous en savez maintenant peut-être un peu plus sur un des plus merveilleux paysages de France.
Maintenant voici un avis, tout personnel, de quel peut être l'avenir de ce paysage.

L'avance du front de boisement.
La pelouse évolue naturellement vers la lande qui évolue ensuite vers la pineraie. Mais le stade de boisement à Pin sylvestre, à l'exception de quelques cas (sables dolomitiques notamment), ne semble que transitoire, la forêt évoluant ensuite vers la chênaie.
Encore récemment, on considérait que la brebis pouvait à elle toute seule contenir la fermeture du paysage. Pourtant, il est difficile d'évaluer l'action des brebis sur les jeunes pousses de ligneux. En réalité le contrôle de l'embroussaillement par les seules brebis est relatif et incertain. Cela dépend entre autres de la pression et de la durée de pâturage, de la quantité de plantules de pin (phénomène de saturation)... -- En fait, l'action du berger est indispensable à l'entretien des parcours, tant par sont action d'élimination des " refus ", que par la conduite du troupeau.

Les menaces sur le patrimoine
Les changements et l'intensification des pratiques agricoles menacent également la flore messicole, la nidification des busards, des cailles, des perdrix et de passeraux divers, ainsi que l'entomofaune, les populations de micromammifères, de reptiles et d'amphibiens (et de leurs prédateurs). Aussi les lavognes, qui alimentent en eau la faune sauvage, permettent la reproduction des amphibiens et de nombreux insectes..., se détériorent. Les clapas et les murets, qui abritent les chouettes chevêches, les traquets motteux et oreillards, les merles de roche, les lézards et les serpents..., disparaissent (bien que certains exploitant pratiquent encore l'épierrage). D'autres petits éléments du patrimoine disparaissent aussi ainsi (jalses, chemins de char, four à pain, etc.), aussi parce qu'ils n'ont plus d'utilité économique.
Pourtant, "la steppe" est un paysage profondément ancré dans la mémoire des caussenards. A terme, ce sont les pratiques pastorales même qui sont menacées (disponibilité moindre et accès difficile à la ressource en herbe).
Pourtant les acteurs ne sont pas convaincus de leur rôle possible sur le milieu. Pour eux, les brebis ne peuvent contenir la progression des landes ; elles sont sans effet sur le buis et le genévrier, quant aux pins, les agriculteurs restent méfiants...
D'autre part, " il faut bien vivre ". L'obligation de rendements ne permet plus aux agriculteurs d'employer un berger et d'optimiser les ressources en herbe présentes sur leur exploitation. C'est la course à l'optimisation des salles de traite, au compléments de nourriture, aux primes...


Du rôle des acteurs sociaux et des administrations
La cause principale de cette évolution du Causse nu réside essentiellement dans les changements des pratiques agropastorales. Autrefois, toutes les surfaces étaient pâturées. Le gardiennage contenait et dirigeait les brebis sur l'ensemble du parcours utilisant toute la surface disponible. D'autre part, les habitants non propriétaires jouaient un rôle essentiel dans le débroussaillage des communaux, dans le contrôle de l'embroussaillement en réalisant des coupes pour le bois de chauffe, en utilisant le buis comme fertilisant...
Aujourd'hui les brebis sortent de moins en moins souvent et surtout ne s'éloignent plus guère des bergeries où elles sont directement nourries et alimentées en eau. L'introduction de nouvelles races productives (donc gourmandes en nourriture), le bouleversement des dates d'agnelage, la diversification en productions laitières ou bouchères, la succession des incitations financières (primes, indemnisations...) favorisant l'intensification, plus récemment, l'incitation à l'utilisation des parcours ouverts dans le cadre des mesures agri-environnementales (prime à l'herbe, art. 21-24) favorisant l'abandon des parcours embroussaillés, l'incitation à l'élevage hors sol (plus rentable)... sont autant de facteurs responsables, plus ou moins directement, du changement du paysage.
Le maintien de l'ouverture des milieux et d'un paysage typique est aujourd'hui gravement menacé. Depuis plusieurs décennies, le pin sylvestre a reconquis la partie occidentale du plateau du Méjean à partir des vallées et des îlots reliques... Le front de boisement avance vers l'Est.
Les reboisements de pin noir réalisés sur les parcours steppiques (bien qu'étant aujourd'hui une faillite d'un point de vue économique et une de ces innombrables incohérences administratives... ) commencent également à essaimer sur les parties nues et menacent le caractère original de cette partie du Causse.

Le développement économique des Causses et des vallées
D'un point de vue économique, les bourgades périphérique des vallées représentent aujourd'hui encore les lieux d'approvisionnement des caussenards. Mais elles ont perdu leur vocation agricole et artisanale et n'ont plus qu'une vocation principalement touristique.
L'interdépendance entre les Causses et les gorges qui se manifestait, d'une part, par l'échange entre production (le blé, produit sur le plateau mais transformé par les moulins des vallées, le cuir, la laine, les fruits...) et, d'autre part, par l'utilisation des parcours par les habitants des vallées est aujourd'hui plus floue.
L'économie agricole s'est élargie à toute la région (et plus) et, d'autre part, le développement des voies de communication et l'adduction d'eau rendent les exploitations plus indépendantes. Ainsi les relations avec l'extérieur ne sont plus centrées sur les villages des vallées mais sur la " machine administrative " ou des institutions plus ou moins anonymes (DDAF, Chambre d'Agriculture, Parc...).
Ainsi, si l'évolution du milieu dépendait autrefois étroitement de la dynamique engendrée par les éléments naturels (altitude, climat, substrat géologique...) et les hommes (déforestation, pastoralisme...), elle est depuis la fin de la seconde guerre mondiale essentiellement guidée par les facteurs socio-économiques (politiques agricoles, systèmes d'élevage, foncier...).
Face aux changements des pratiques agricoles et bien que les vallées soit un lieu privilégié pour le tourisme, l'activité touristique se développe sur le plateau et est aujourd'hui la deuxième source de revenus après l'agriculture. Or, si l'Aven Armand est un lieu de passage presque obligé, ce sont principalement les paysages steppiques, presque désertiques (faible densité d'habitants), les espaces ouverts et leur notoriété à l'échelon européen qui incitent le passager à s'arrêter. Le développement du tourisme "vert" ne peut se faire qu'en préservant ces paysages de qualité et la banalisation du milieu ne peut que le compromettre.
 

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